Éloge de la terre d’ombre
Naturelle ou brûlée ?
En voyant la couleur déposée sur l’étiquette du tube, on se dit qu’ils ont dû avoir un problème de dosage.
En quoi une couleur sourde, tirant sur le verdâtre (dans sa version naturelle), pourrait-elle servir la peinture ? Et pourtant, ce brun terne entre dans la composition de nombreuses étapes de la peinture classique : les couches d’impression (l’imprimatura), la pose des valeurs (avant les couleurs), enfin les glacis.
Elle rend magnifiquement le brun des troncs d’arbres et, mélangée à un bleu de cobalt, donne un vert profond pour les feuillages. Avec un outremer et une touche de blanc, elle se transforme en un gris superbe. Mais ce n’est pas tout : elle fait merveille, à petite dose bien sûr, dans les rouges ou les verts, dont elle amortit la vivacité.
Enfin, si, comme moi, vous êtes un peu fruste et pensez tout simplement qu’on l’a nommée « terre d’ombre » pour sa teinte subtilement adaptée aux ombres, eh bien non ! C’est beaucoup plus chic : cette terre vient d’Ombrie.
C’est digne du « Jeu des mille francs ».


